Thomas Lateur,
 

entre skate et architecture ! 

Entretien réalisé lors de la production de la murale, le 20 mars 2021.

Portrait Thomas Lateur

Tu as réalisé plusieurs rideaux de fer en France. Pourquoi as-tu commencé à peindre sur ce médium et qu’est ce qui te plaît de cette pratique ?

Salut Thomas, pour commencer peux-tu te présenter en 2 mots ?

Je suis un artiste qui s'inspire du milieu du skate et de l’architecture. Je fais de l’art semi-abstrait, dans le sens où j'évoque des perspectives qui peuvent se voir sous différents points de vues, mais aussi parfois dissimuler des picto, des gimmick et cacher des petites choses dans mes créations ou orienter mes créations en travaillant un thème comme celui avec la librairie.


Pourquoi choisies-tu cette palette de couleur, ces formes géométriques, quelles sont tes inspirations, tes références ? 


J’ai commencé par la graffiti, je faisais pas mal de lettrage et je suis tombé amoureux du travail de NELIO qui était un graffeur sur Lyon et forcément je m’en suis inspiré ! C’est drôle car on a un peu le même parcours. Pendant une conférence à Besançon, il expliquait qu’il avait commencé par le lettrage et qu’au fur et à mesure ça s'était déconstruit jusqu’à devenir des formes abstraites, puis de la géométrie, puis du travail de couleur et finalement c’est devenu un coloriste ! De mon côté, c’étaient des petites lettres très simplifiées qui sont devenues des formes géométriques. Et vu que je suis aussi passionné d’architecture, j’ai tout le temps l'œil à droite et à gauche, j'aime bien regarder tout ce qui m’entoure dans la rue !

J’ai commencé à peindre sur des rideaux de fer à Lyon en me disant  “quitte à le faire gratuitement pour des commerçants, ça peut me faire une super vitrine parce-que ça se voit toute la nuit et toute la journée quand ils sont fermés” !

Le tout premier rideau que j’ai peint, c'était pour Bambino à Lyon. C’est avec eux que j’ai collaboré pour faire de la sérigraphie sur des bleus de travail et de la broderie sur tee shirt. En voyant le local avec le rideau fermé sur leur Instagram, je me suis dit “il y a vraiment un truc à faire!” C’était mon premier rideau, c’était hyper cool, j’ai eu plein de super retours ! C’est eux qui m’ont mis le pied à l’étrier sur Lyon.


C’était il y a combien de temps ?

C’était il y a 1 an. Par la suite il y a un commerçant de L’échoppe du Vélo est passé devant Bambino et m’a appelé le lendemain pour me demander de faire le sien. Et hop j’ai fait les deux rideaux !

Rideau métallique Bambino à Lyon.
Casque de Police. Thomas Lateur.

Quel est le médium le plus wtf sur lequel tu as peint?

 

Un casque de police de 1965 de collection que j’ai chiné sur une brocante à Vaulx-en-Velin, les puces du canal. Je l’ai acheté à 40€ je crois, avec le nom du flic à l’intérieur sous l’année.J’ai peins sur ce casque pour une exposition que j’ai faite à Grenoble en janvier 2020. C’était une expo sur la thématique du skate, et j’ai exploré la confrontation skate vs. police. J’avais fait des formes géométriques qui évoquent le skate, un kicker, une courbe, un set de marches etc… sur tout le casque.

As-tu une anecdote croustillante à nous dévoiler ?

 

À Besançon, il y a une association qui se bat pour “libérer les murs” pour que le graff devient légal. L’association s’est appuyé sur un mur de 16 mètres de long sur 2 mètres de haut, qu’on a peint avec un pote en une semaine, illégalement ! L’association a expliqué que si les artistes ont du temps, ils peuvent produire de plus beaux projets. Finalement, le mur est devenu légal 2 ou 3 mois plus tard après des discussions avec la mairie. 

C’est un grand débat pour lequel je me battais à l’époque : un graffeur si tu lui donnes 20 minutes en scred la nuit il te fait un pauvre truc, mais si tu lui laisses plus de temps il va te faire un truc de malade !

Quelle est ton interaction avec les passants lors d’une production en extérieur ?

Que penses-tu que l’art apporte aux quartiers et à ses habitants ?

Ça égaye le quotidien ! C’est un peu ce que je cherche à faire surtout quand je peins dans la rue ou sur des rideaux de fer : le fait de donner le sourire à quelqu’un, qui s’arrête 5 minutes pour regarder ou se l’approprier. 

Pour revenir à la collaboration avec Magellan et Cie, quelles ont été des inspirations pour ce rideau de fer ?


La grosse inspiration a été le voyage et l’exploration. C’était un hommage à Ferdinand de Magellan. J’ai aussi évoqué le fait que ça soit une librairie car beaucoup de gens n’osaient pas rentrer comme le disait le Marc et Hélène. Les gens pensaient que c’était seulement une maison d'édition, donc ils m’ont dit de ne pas hésiter à mettre des livres, et le mot “Librairie”. Pendant la production, beaucoup de gens se sont arrêtés en disant “Ah mais c’est une librairie ici?”


Les couleurs ça été au feeling, une évolution dans mon travail, où je travaille plus des couleurs plus tranchées un peu plus contrastées par rapport à ce que je faisais avant. Quand je revois aujourd’hui des productions que j’ai faites, je trouve qu’elles sont un peu trop lisses, fades… Alors qu’avant j’aimais bien ce côté plus lisse, mais ça se trouve ça reviendra, j’arriverais peut être à marier les deux, on verra bien !

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Marc David Spengle

Tu as eu un déclic ?

Ca s’est fait naturellement, d’un projet à l’autre. Tu as des contraintes techniques qui font que tu dois aussi revoir ta palette de couleurs. Et puis aussi ça se fait avec les rencontres. Il y a pas longtemps j’ai rencontré Marc David Spengler, qui est devenu un bon pote, et son travail m’a inspiré inconsciemment. Je me suis rendu compte que ses couleurs étaient beaucoup plus tranchées. 

Par exemple, j’ai fait un packaging pour une brasserie où j’ai proposé 3 modèles différents dans 3 coloris différents. Quand Marc m’avait envoyé une carte postale, je me suis rendu compte qu’une de ces propositions de coloris était ses couleurs, une inspi inconsciente.
Je suis beaucoup The Feebles aussi !

Est-ce que t’as une anecdote sur cette production avec Artichaud ?

La meilleure : un conducteur de bus qui passe et qui s’arrête car il voit son pote en voiture. Le pote descend de sa caisse, ils se checkent et pendant 5min ils discutent en créant un gros bouchon. En plus, il y avait du monde dans le bus ! Bref, la magie du 18 à Paris.


Pour finir, quel est ton livre de chevet du moment ?

Zaï Zaï Zaï Zaï de Fabcaro !

Zaï Zaï Zaï Zaï. Fabcaro
Portrait Marc Wiltz. Crédits : Paul Sieur

Discussion avec Marc, libraire et éditeur ?